LemanMake, la fête de la technique

Par Michel Vonlanthen HB9AFO

 

Les 29-30 septembre 2018 a eu lieu le LemanMake à Renens, près de Lausanne, la fête des geeks en informatique.  C'était un joyeux capharnaüm de tables sur lesquelles étaient présentés des objets les plus improbables construits et développés par ces passionnés, très jeunes pour la plupart. Cette année, les radioamateurs y étaient présents.


La table de Loïc HB9EID

 

Les Makers, les "faiseurs" en anglais, sont ceux qui "font", qui construisent et expérimentent dans tous les domaines où l'ordinateur est présent. Dans son esprit, le radioamateurisme s'y apparente mais ne s'y est guère frotté jusqu'à présent, question de générations. Car les makers sont des jeunes passionnés de techniques, des geeks, des "mordus", des doux foldingues. Ce n'est donc pas étonnant que nos destins ne se soient encore jamais croisés, c'est une question d'âge.

 

Il faut dire que pour eux, qui sont nés avec le smartphone dans la bouche, voir une image venant de loin est trivial, par Internet on le fait avec Skype. Discuter avec avec un japonais perdu sur une île c'est facile, on lui téléphone. La seule différence avec ce que nous faisons, c'est que eux utilisent le fil, Internet en l'occurrence, alors  que nous, nous utilisons les ondes radio pour effectuer nos transmissions.

 

Par contre, ce qui nous rapproche, c'est la passion de la technique. En ce sens, les Makers sont peut-être l'avenir du radioamateurisme, car ce sont eux qui nous survivront. On nous appelle les "Old Men" ne l'oublions pas!  J'ai écrit "peut-être" car tout n'est pas dit. Il existe un énorme fossé entre eux et nous car eux n'ont pas connu l'âge héroîque des débuts de la radio et de l'électronique, ils n'ont même pas connu les débuts de l'informatique.

 

Ils ne savent donc pas ce que c'est que de rechercher des informations sur les prospectus des fournisseurs, de leur demander des data sheets par fax, d'avoir des composants inadaptés ou hors de prix, de ne pouvoir que rêver devant les appareils de mesure professionnels totalement hors de portée des bourses individuelles, d'attendre pendant des semaines la réception du composant qui permettra de terminer le montage d'un appareil. Ils n'ont pas connu l'époque où tous les operating systems étaient propriétaires et donc incompatibles entre eux. Ils n'ont pas connu l'époque où le simple fait de connecter un périphérique à un ordinateur posait un problème car il fallait déjà avoir le plan du câble car même le RS-232 n'était pas totalement standardisé. En fait il l'était mais les constructeurs s'ingéniaient à y mettre quelques variations afin de garder leurs clients captifs. Et je ne parle même pas des drivers soft dont on ne trouvait jamais la bonne version. Il n'y avait pas l'automatisme à la Windows à l'époque: l'OS n'allait pas rechercher de lui-même le driver adéquat sur le Net puisque le Net n'existait pas encore. Il fallait le dénicher et l'installer soi-même.

 

Alors que maintenant il suffit de connecter l'imprimante à l'ordinateur à l'aide d'un câble USB pour que l'OS aille par lui-même rechercher le bon driver sur Internet et l'installe sans intervention de l'opérateur. Alors que maintenant il suffit de questionner Google pour obtenir toutes les informations sur un composant, pour dénicher le meilleur pour une application donnée et pour ensuite le commander directement. Et le lendemain il est dans la boîte aux lettres.

Alors que maintenant n'importe-qui peut s'offrir un oscilloscope ou un analyseur de spectre de bonne qualité. Alors que maintenant, c'est l'âge d'or de l'électronique, on trouve tout et facilement sur Internet et on a des composants dont on  ne pouvait même pas rêver il y a 20 ans. Je pense là aux amplificateurs MMIC inconditionnellement stables, en 50 Ohms en entrée-sortie et avec une bande passante qui se chiffre en GigaHertz. Je pense aussi aux oscillateurs ultra stables qu'on peut régler au Hertz-près jusqu'aux GHz. Que de temps n'avons-nous pas perdu à la recherche de la bonne formule pour éviter qu'un amplificateur n'oscille ou qu'un oscillateur ne soit instable?

 

Il faut bien le dire, notre monde a changé, enfin en tous cas le mien puisque j'ai eu la chance de terminer mes études alors que le transistor venait d'être inventé et que l'ordinateur n'existait pas encore, sauf les tout gros bien-sûr,  inaccessibles au commun des mortels. Je peux donc apprécier le chemin parcouru en quelques décennies par les progrès de la technique. Jamais l'Humanité n'en avait connu de si rapides auparavant.

 

Alors moi je sais, j'ai connu cette évolution et j'apprécie énormément l'époque actuelle où on peut bricoler sans retenue et sans difficulté majeure. En fait, ma passion a été maintenue vivace pendant toutes ces années d'activité professionnelles et familiales parce que j'ai pu vivre l'évolution des techniques et m'en réjouir. Et surtout parce que ma passion n'était pas d'utiliser des équipements achetés  mais de les développer et de les construire moi-même.

 

C'est en cela que je me retrouve dans l'esprit des Makers. La passion de développer, de construire et  d'expérimenter. Reste encore à faire connaître les beautés de l'analogique, des ondes radio et des télécommunications  aux Makers, mais comment puisqu'on vit  dans deux mondes parallèles qui ne communiquent pas?

 

Les Radioamateurs Vaudois (RAV), l'International Amateur Packet Club (IAPC) dont feu le Swissatv est maintenant une section,  et Loïc HB9EID s'y sont collés pendant ces deux jours et leurs démonstrations et explications ont fait lever quelques sourcils. Mais pour rallier des geeks à nos techniques il faudra du temps. Nos copains ont présenté la radiogoniométrie, le FT-8, la DATV et les appareils de construction-maison de Loïc HB9EID (récepteur 7MHz à réaction, récepteur O-C SDR indépendant, transceiver PSK31, oscillateur de mesure,  etc.
 

Encore un détail: "de notre temps", nos épouses nous accompagnaient quelquefois sur les lieux de nos exploits avec les enfants. Mais elles le faisaient pas sympathie et restaient en retrait. Certes elles nous préparaient le pic-nic mais leur participation en restait là. Alors que chez les Makers, les femmes prennent une part active à la manifestation. Elles ont leurs tables et présentent leurs activités et aussi celles de leurs amis/époux. Elles sont plutôt axées sur l'écologie et la nature. Par exemple, il y avait un stand qui présentait une méthode pour conserver des aliments de façon naturelle, des machines pour imprimer du tissus, des imprimantes 3D pour fabriquer des instruments de musique, ou des façons d'intéresser les jeunes à la science. L'émancipation de la femme est passé par là et c'est beau de voir toutes ces familles à l'oeuvre. On est bien loin du Männerchor et du Frauenverein!... Là aussi il y a eu du progrès et c'est bien heureux!

 

En résumé, les Makers sont moins monomaniaques que nous, les radioamateurs. Toute la famille participe à leurs activités et il s'ensuit un joyeux mélange des genres. On retrouve un peu ce même phénomène dans les festivals de musique estivaux, on y voit de tout, du pire au meilleur. Au final cela peut être une belle porte d'entrée pour notre hobby, qui reste, et restera sûrement, une activité individuelle pratiquée dans l'intimité de son chez soi. 

 

 

    Jean-Daniel Nicoud, mon maître, le prof de l'EPFL qui m'a appris le microordinateur.
C'est le père du Smaky et, depuis qu'il est à la  retraite, le développeur infatigable
de modules Arduino qu'il diffuse via Didel